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Franchise et franchise dans La belle dame sans mercy, ou, L'endroit et l'envers de La rose

Locas Dominique. (2006). Franchise et franchise dans La belle dame sans mercy, ou, L'endroit et l'envers de La rose. Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi.

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Résumé

Deux lieux communs concernant la critique sur La Belle Dame sans Mercy ont eu la vie tenace tout au long du XXe siècle : d'une part, la Belle Dame est un poème frivole, sans rapport avec les données sociopolitiques de son époque ; d'autre part, Alain Chartier (la critique a souvent confondu narrateur et auteur) était sympathique à l'endroit de la Belle Dame, figure qui va finir par être lue comme une « championne de la liberté de la femme ». C. S. Shapley et W. Kibler se sont attaqués à ces topoï de la critique. W. Kibler avance que la Belle Dame fut écrite pour remettre les vertus chevaleresques à l'honneur et qu'à l'origine la Belle Dame ne fut pas faite pour plaire à l'auditoire. Dans la foulée des travaux de W. Kibler, nous démontrons que d'une part, tout indique que la Belle Dame traite d'enjeux socio-éthiques qui étaient probablement considérés très importants par la société courtoise au temps d'Alain Chartier, et que, d'autre part, le poète, pris comme persona sociale, ne pouvait en aucun cas être sympathique à l'endroit de la Belle Dame, figure que la trame implicite du poème ne fait que confirmer comme type négatif. Notre lecture s'appuie sur la topique de la Rose, dans laquelle se trouvent des axes dominants de la philosophie morale et de la tradition courtoise et romanesque du nord de la France à la fin du Moyen Âge. P.-Y. Badel a démontré qu'à toutes fins pratiques, tous les nobles et les lettrés connaissaient le Roman de la Rose aux XIVe et XVe siècles. L'influence de la Rose sur la poésie de cette époque est donc suffisante pour que l'on puisse parler d'une véritable topique de la Rose. La première partie du corps de cet ouvrage a trois fonctions : d'abord, un résumé du Roman de la Rose permet d'avoir la topique de la Rose bien à l'esprit avant d'aborder l'étude de la Belle Dame. Ensuite, la question du je narrateur est abordée ; dans l'?uvre de Chartier, il y a deux types de je : l'Acteur et YAuctor, ce dernier étant plus près de la persona sociale du clerc. Enfin, le commentaire sur la Complainte contre la Mort permet de se familiariser avec le traitement des thèmes que l'on retrouve dans la Belle Dame ; même dans un environnement poétique aussi idéalisé que celui de la Complainte, le poète ne renonce pas à critiquer les m?urs des nobles. En prenant la Complainte comme base comparative, nous pouvons voir que la maistresse morte apparaissant dans la Belle Dame semble être maintenue dans une ambivalence éthique. Il s'avère même possible qu'à l'instar de la Belle Dame, cette maistresse soit morte moralement et que l'Acteur pleure la Tresbonne en tant qu'idéal de pure vertu. Assagi par son malheur, l'Acteur peut en effet clairement discerner la nature du c?ur de la Belle Dame et de plus, dans un passage capital du poème, il identifie son expérience passée à celle de l'amant sur le point d'être déçu. Une telle sagesse et une telle connaissance des « dessous » de la dame supposée courtoise peut difficilement ne pas venir d'une expérience malheureuse. La mort morale plutôt que physique de la maistresse est d'autant plus plausible qu'à la toute fin du poème, l'envoi didactique fait intervenir le topos de l'?uvre de vie de Nature en le réinvestissant dans le cadre d'un « discours de l'honneur », donc un discours proprement éthique qui pourrait même avoir des répercussions sociopolitiques si l'on tient compte de la notion d'honestas telle que la définit la rhétorique cicéronienne. Le jeu qui s'élabore entre l'Acteur et les figures collectives des bons amis et des dames de franchise ne fait que renforcer l'idée de cet idéal éthique concernant une éventuelle régénération d'Honneur. En outre, la figure collective des dames de franchise s'oppose aux dames au miroir, dont le type semble être similaire à celui de la Belle Dame. Enfin, l'Acteur vient terminer son parcours téléologique en solitaire, auprès d'une treille à la forte symbolique mariale et christique, ce qui n'est pas sans renforcer l'opposition entre l'idéal de « noble franchise » conforme à la Justice et « libre franchise » prônée par la Belle Dame. La troisième et dernière partie commence par démontrer qu'aux yeux des auditeurs et des continuateurs de la Belle Dame, la question éthique primordiale n'était certes pas la liberté de la femme, mais bien la vertu et la dignitas qui s'attachent au titre de dame. Le statut de la dame au sein de la société courtoise lui commande d'octroyer ou de refuser ses faveurs (sa mer ce) à l'amant suivant une « logique du guerredon » sous-tendue par la notion de Justice. Refusant cette « logique du guerredon » et cette Justice, la Belle Dame prône la « libre franchise », par opposition à la « noble franchise ». La Belle Dame serait en fait un type de jeune « dame au miroir » similaire à celui qu'évoque la Vieille de la Rose dans son discours : comme cette Vieille, la Belle Dame dénonce le caractère fallacieux du langage amoureux et elle dénature Courtoisie. Non contente de cela, elle va si loin dans l'affirmation de sa liberté individuelle qu'elle refuse de reconnaître la Justice divine en tant qu'instance suprême capable de punir les méchants. Demeurant elle-même un « méchant impuni » à la fin de la narration, la Belle Dame semble, d'un point de vue éthique et philosophique, coupable à la fois explicitement et implicitement. Il y a donc très peu de chances pour que le poète, en tant qu'Acteur ou en tant qu?Auctor (ou en tant que clerc, persona sociale), ait pu être sympathique à l'endroit de la Belle Dame. Nous terminons en dissertant sur la rumeur annonçant la mort de l'amant, rumeur perçue comme vraie par tous les critiques modernes sauf un, ce qui constitue sans aucun doute la plus grande erreur de lecture concernant la Belle Dame. Resté vivant, l'amant pourrait en fait se repentir et reprendre le « droit chemin », assagi par le malheur à l'instar de l'Acteur. Cet Acteur est donc, de toute évidence, une figure exemplifiant des valeurs très traditionnelles, comme l'avance W. Kibler.

Type de document:Thèse ou mémoire de l'UQAC (Mémoire de maîtrise)
Date:2006
Lieu de publication:Chicoutimi
Programme d'étude:Maîtrise en études littéraires
Nombre de pages:125
ISBN:1412313775
Identifiant unique:10.1522/24826730
Sujets:Arts et lettres > Étude des arts et des lettres > Études littéraires
Département, module, service et unité de recherche:Départements et modules > Département des arts et des lettres > Unité d'enseignement en lettres
Directeur(s), Co-directeur(s) et responsable(s):Fahmi, Mustapha
Vaillancourt, Luc
Mots-clés:Poésie lyrique française--15e siècle--Histoire et critique, THESE
Déposé le:01 janv. 2006 12:34
Dernière modification:07 nov. 2011 21:29
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