LiveZilla Live Chat Software

Constellation, le dépôt institutionnel de l'Université du Québec à Chicoutimi

Prise de décision dans les coopératives et développement régional

Prévost Claire. (1982). Prise de décision dans les coopératives et développement régional. Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi.

[img]
Prévisualisation
PDF
4MB

Résumé

Le développement régional est un thème qui, dans le contexte de l'évolution actuelle de nos sociétés, s'est imposé idéologiquement avec les Schumaker, Attali, Touraine, Amin et les autres. La France a fait un effort en créant la préfecture régionale. L'Angleterre, avec sa réforme de 1974, tente d'harmoniser gouvernements locaux et gouvernement national. Plus près de nous, le ministre Jacques Léonard de l'Office de la planification du Québec a produit, dans un livre blanc, la base d'une législation devant favoriser le pouvoir régional, et par là, le développement régional. Dans ce contexte, étudier le développement régional est simplement vouloir participer aux préoccupations de son époque et de son milieu. Mais pourquoi s'attarder à l'hypothèse suivante: La prise de décision dans les coopératives du Saguenay-Lac-St-Jean sert le développement régional? Quel est le lien entre le phénomène de la prise de décision et celui du développement régional? Pourquoi faire l'étude dans le secteur coopératif? Enfin, le choix de la région du Saguenay-Lac-St-Jean réside-t-il sur d'autres raisons que le~site de l'UQAC? Voilà trois questions dont les réponses permettront de cerner l'objet de la recherche qui nous intéresse.

Le Saguenay-Lac-St-Jean s'avère un terrain propice pour cette recherche pour les trois raisons suivantes:

1- l'isolement géographique qui fait de la région une unité sociologique et économique constituée par des conditions de vie également partagées par tous les citoyens;

2- la dépendance économique due à une économie extravertie et désarticulée dont la structure doit être changée si on veut, un jour, parler de développement auto-centré;

3- l'enracinement des coopératives qui, présentes dans chaque ville et village, totalisent 170 entreprises actives dans la région. De plus, par leur idéologie, leurs objectifs et leur structure, les coopératives proposent une forme économique, sociale et décisionnelle ajustée aux réalités locales et régionales. Voilà pourquoi on a choisi d'effectuer la recherche dans le secteur coopératif du Saguenay-Lac-St-Jean.

Une question essentielle demeure: celle du lien entre la prise de décision et le développement régional. Pour établir ce lien, il faut d'abord cerner les notions de développement et de sous-développement. Il existe deux grandes théories tentant d'expliquer ces notions. Il y a d'abord la théorie classique qui voit dans le sous-développement une étape à franchir pour aller vers l'industrialisation. C'est une perception conjoncturelle soutenue par les théories économiques libérales. Il y a aussi la théorie de la dépendance externe qui donne une explication structurelle au sous-développement. Au niveau international, Samir Amin, dans son livre intitulé Le Développement inégal: essai sur les formations sociales du développement périphérique, étudie dans cette perspective les disparités entre les régions du monde. Il a fait ressortir que, dans le contexte de la firme multinationale dispersant ses activités productrices à travers le monde, on retrouve rassemblées dans les régions développées les activités stratégiques. Les activités de production primaire et manufacturée sont laissées aux régions sous-développées. Par activités stratégiques, Samir Amin entend la recherche, l'innovation technologique et le management. Ce sont, en fait, l'ensemble des activités qui assurent l'initiative du développement. Une région qui ne contrôle pas les activités stratégiques de développement est une région qui ne peut pas espérer une autonomie quelconque.

En se replaçant dans le contexte qui nous intéresse, on retient de la thèse de Samir Amin que le fait de contrôler les activités stratégiques de la production est un signe de développement autocentré. Parmi ces activités stratégiques, on note le management qui repose sur le phénomène de la prise de décision. Ainsi se fait le lien entre la prise de décision et le développement régional. Du mime coup, on constate que la prise de décision n'est qu'une des trois activités stratégiques et qu'il sera possible d'avoir une image complète du rôle du secteur coopératif dans le développement régional qu'en ajoutant à cette recherche-ci deux autres recherches portant sur l'innovation technologique et sur la recherche dans les coopératives.

Les précisions ainsi apportées quant à l'objet de la recherche font mieux comprendre la pertinence de l'hypothèse et le cadre conceptuel nous fournira les moyens nécessaires pour en faire la vérification.

1- LE CADRE CONCEPTUEL

Le cadre conceptuel utilisé dans cette recherche repose sur deux éléments qui ont pour but de cerner les caractéristiques propres au phénomène décisionnel dans le cadre coopératif. Ces deux éléments sont:

- la parenté du secteur coopératif et du secteur public régional; - et l'application du phénomène de la prise de décision du secteur public au secteur coopératif.

1.1 La parenté du secteur coopératif et du secteur public

Le lien entre le secteur public et le secteur coopératif s'établit facilement par la typologie des organisations de E. Rhenman. Ce dernier propose une classification fondée sur la nature externe et/ou interne des objectifs des organisations. Les sociétés coopératives comme les corporations publiques sont des institutions ayant des buts internes et des buts externes. Cette constatation signifie que les décisions de ce type d'organisation sont prises en tenant compte des pressions venant du milieu environnant (c'est-à-dire des unités économiques que sont les membres dans le cas d'une coopérative). Par ce phénomène, le secteur coopératif s'apparente au secteur public qui forme un système ouvert à l'environnement.

1.2 L'application du phénomène de la prise de décision du secteur public au secteur coopératif

Le fait de reconnaître que le secteur coopératif n'est pas un système fermé a un impact essentiel sur le genre de décision possible. Dans ce contexte, la prise de décision est une activité politique parce qu'au lieu de se faire à partir d'un processus intellectuel, elle évolue en fonction des interactions sociales, des solutions de conflits et de compromis entre des groupes ayant des buts différents. Par un procédé de négociations nécessairement subjectif et limité, le preneur de décision traite l'information qu'il reçoit de l'environnement en cherchant plus la satisfaction des intervenants (ou membres de la coopérative) que la rentabilité. Cette dernière est souvent, dans ce contexte, le moyen de donner satisfaction.

Si on admet que la prise de décision dans le secteur coopératif est un acte politique plus que rationnel, il faut trouver les processus décisionnels appropriés. C'est ce que nous fournissent H. Kahalas et D. Rondinelli. Le premier nous fournit les sept étapes d'un modèle logique de processus décisionnel dans un '"système ouvert. Le second nous présente sept types de planifications susceptibles d'entourer l'élaboration et la mise en marche d'une politique ou d'un projet dans le secteur public. Comme il est possible d'appliquer le processus décisionnel de Kahalas à chacun des types de planification de Rondinelli, cette combinaison servira de base à la construction du questionnaire et à l'interprétation des résultats.

Ayant clarifié la notion de prise de décision, on se demande qui prend les décisions dans le secteur coopératif? Pour répondre à cette question, on peut emprunter au secteur public régional le concept de multi- organisation développé par Friend, Power, Yewlett. Ce concept s'applique dans les cas de projets ou les preneurs de décision sont multiples, ont des buts différents, mais ont une activité décisionnelle commune à réaliser. Pour concilier des intérêts divergents et systématiser l'intérêt commun, il est nécessaire de créer un lieu de concertation appelé multi-organisation. On sait que la mise sur pied d'un projet venant d'une coopérative peut impliquer les membres de la coopérative bien sûr, mais aussi d'autres instances du secteur coopératif, des milieux gouvernementaux de même que du secteur privé. Ce qui entraîne la création d'une multi-organisation.

En établissant le lien entre le secteur coopératif et le secteur public, on a pu trouver les outils théoriques qui ont permis de construire un instrument de recherche et d'analyser les résultats de l'enquête.

1.3 La prise de décision dans le secteur coopératif et le développement régional

La notion de développement via les activités stratégiques telles que précisées par Samir Amin demande d'être opérationnalisée pour être utile à la présente recherche. L'approche systémique fournit un modèle où sont interreliés les différents éléments du cadre de développement régional, soit les sous-systimes décisionnels, financiers, spatio-démographiques et socio-culturels. Ces sous-systèmes, constituant un système ouvert comme celui de la région, n'y occupent pas le même espace. Dans le cadre d'un système ouvert, plus un sous-système accentue cette ouverture, plus il favorise le sous-développement, et vice versa. Ainsi, plus le sous-système qu'est la prise de décision tend à coïncider avec le système régional (sans pour autant chercher l'autarcie) plus il favorise le développement régional. L'hypothèse de la recherche pose cette question uniquement dans le cadre du secteur coopératif.

2- LES RESULTATS DE L'ENQUETE Des 170 questionnaires postés, en mars 1981 aux présidents et directeurs des coopératives, 67 ont été complétés. L'analyse descriptive des résultats nous dit que l'hypothèse se vérifie comme l'indique le tableau synthèse suivant.

En effet, les répondants y indiquent que la prise de décision dans le secteur coopératif se fait par les intervenants régionaux. Dans ce sens, le secteur coopératif au Saguenay-Lac-St-Jean est un facteur de développement parce qu'il maintient à l'intérieur de la région son pouvoir décisionnel. Pour étudier d'un peu plus près ces résultats, nous procéderons en deux étapes:

1- nous ferons ressortir les généralités concernant les preneurs de décisions internes à la région;

2- nous mettrons en évidence les particularités touchant les preneurs de décision externes à la région.

2.1 Les preneurs de décision internes

Parmi les preneurs de décision internes à la région, ce sont les conseils d'administration qui ont le rôle décisionnel le plus fréquent selon les réponses des différents groupes de répondants.

Si on considère les différents types de planification, on constate que la prise de décision se partage à certains niveaux avec les permanents des coopératives. Au début d'un projet, ce sont les conseils d'administration qui ont le rôle décisionnel le plus fréquent mais plus le projet prend forme et se concrétise, plus le rôle des permanents s'accroît, précisément pour les planifications de type concertation, de type administration et évaluation.

Les différents rôles joués par les intervenants internes peuvent se résumer comme suit :

- Les conseils d'administration ont le pouvoir décisionnel prédominant;

- Les permanents se voient un rôle décisionnel plus important que celui que leur accordent les présidents des conseils d'administration;

- Les permanents ont une importance décisionnelle plus grande dans des projets de développement communautaire que dans des projets de développement interne de la coopérative;

Les assemblées générales ont un rôle décisionnel minime, en particulier dans les coopératives de plus de 1,000 membres.

2.2 Les preneurs de décision externes à la région

Le tableau I nous a permis de constater que les preneurs de décision externes à la région ont une influence réduite sur les projets des coopératives. Si on considère le tableau à l'horizontale pour identifier les types de planification ou ils sont le plus présents, il n'y a pas d'écart très grand à signifier. Les planifications de type évaluation et idéologique cumulent les pourcentages les plus élevés. Ce dernier type de planification est le moins utilisé par les preneurs de décision, soit pour seulement 29% des projets. On peut se demander si la nature de cette planification a été bien comprise par les répondants ou bien si vraiment les coopératives n'ont pas à justifier et à expliquer leurs projets pour qu'ils soient acceptés et réalisés.

Maintenant, considérons le même tableau à la verticale. On voit une présence accrue des intervenants externes à la troisième et à la sixième étape du processus décisionnel. Au niveau de la cueillette d'information, même si la fédération provinciale fournit le plus fréquemment les dossiers nécessaires, les pourcentages indiquent une grande variété de sources d'information. Cette observation vaut aussi pour les sources d'information internes à la région. Au niveau des approbations externes des décisions, on constate qu'elles sont peu fréquentes et que le principal évaluateur externe des décisions internes est le gouvernement ou la Loi des Associations coopératives. Au fond, les répondants ont voulu souligner simplement que toutes les décisions internes concernant les projets des coopératives sont correctes en autant qu'elles sont légales.

Ces dernières analyses nous ont permis d'identifier deux intervenants externes: la fédération provinciale ou la confédération et la législation. Le premier donne, entre autres choses, des services d'information, qui, par nature, ont une influence sur la prise de décision interne. Le second intervenant correspond à la nature même de la coopérative et de fait n'intervient pas dans la décision mais fournit, à priori, un encadrement décisionnel. Ce dernier phénomène semble "naturel" étant donné que la majorité des répondants n'ont même pas pensé le souligner même s'ils y étaient tous soumis.

Ce résumé des résultats identifiant les preneurs de décision montre que la prise de décision dans le secteur coopératif aide le développement régional en gardant le pouvoir décisionnel à l'intérieur de la région. Les données concernant les stratégies d'intervention utilisées confirment aussi l'hypothèse.

En effet, les stratégies d'intervention les plus utilisées sont la consultation et le consensus selon 60% à 70% des répondants. Cette constatation demeure valable peu importe la variable utilisée pour scruter les données. Le vote est désigné par les répondants selon des moyennes qui oscillent entre 14% et 17%. Fait curieux, les présidents des conseils d'administration disent utiliser le vote dans des proportions nettement supérieures à celles des directeurs. C'est ce que présente le tableau suivant :

Quant à l'obligation légale ou autre, elle est peu utilisée et correspond effectivement à l'intervenant externe que représente le cadre de la Loi des Associations coopératives.

On peut donc conclure que les stratégies d'intervention les plus fréquemment utilisées favorisent la participation et indirectement un développement autocentré pour la région.

Bref, la recherche effectuée auprès des coopératives en mars 1981 permet de dire que la prise de décision du secteur coopératif au Sagueany-Lac-St-Jean sert au développement de la région parce que les preneurs de décision sont des régionaux qui travaillent à satisfaire les besoins de régionaux.

Toutefois, il ne faut pas donner à cette affirmation une portée qu'elle n'a pas. Le développement socio-économique, comme l'affirme Samir Amin, repose non seulement sur le pouvoir décisionnel auto-centré, mais aussi sur la recherche et l'innovation régionale. Il resterait à voir si le secteur coopératif au Saguenay-Lac-St-Jean assume ces deux derniers types d'activités pour affirmer que la coopération économique conduit au développement régional. Même si on réussissait à démontrer le caractère régional du pouvoir décisionnel, de la recherche et de l'innovation dans le secteur coopératif, il faut se rappeler que ce secteur n'est pas le moteur socio-économique de la région puisque 73% des emplois sont créés par les multinationales. Ces quelques remarques donnent à la vérification de l'hypothèse sa dimension réelle.

Un autre aspect de la recherche est le cadre conceptuel qui a permis de clarifier la prise de décision comme phénomène multi-organisationnel dont le champ décisionnel a été défini en termes de processus décisionnel s'adaptant à une typologie de la planification. Ces outils théoriques ont reçu une validation par la recherche su

Type de document:Thèse ou mémoire de l'UQAC (Mémoire de maîtrise)
Date:1982
Lieu de publication:Chicoutimi
Programme d'étude:Maîtrise en éthique des sociétés régionales
Nombre de pages:168
ISBN:141230038X
Identifiant unique:10.1522/1378833
Département, module, service et unité de recherche:Départements et modules > Département des sciences humaines > Unité d'enseignement en études religieuses, en éthique et en philosophie
Directeur(s), Co-directeur(s) et responsable(s):Lapointe, Adam
Mots-clés:Coopératives--Québec (Province)--Saguenay-Lac-Saint-Jean--Prise de décision--Enquêtes, Cooperative societies--Investigation--Decision making--Québec (Province)--Saguenay-Lac-Saint-Jean, Coopératives--Québec (Province)--Saguenay-Lac-Saint-Jean--Gestion--Enquêtes, Cooperative societies--Québec (Province)--Saguenay-Lac-Saint-Jean--Management--Investigation, Économie régionale, Regional economics, CONSOMMATION, COOPERATIF, COOPERATIVE, DECISION, DEPENDANCE, DEVELOPPEMENT, ECONOMIQUE, INTERVENTION, PLANIFICATION, PRIE, PRODUCTION, REGIONAL, SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN, SERVICE, STRATEGIE, THESE
Déposé le:01 janv. 1982 12:34
Dernière modification:20 sept. 2011 15:37
Afficher les statistiques de telechargements

Éditer le document (administrateurs uniquement)

Creative Commons LicenseSauf indication contraire, les documents archivés dans Constellation sont rendus disponibles selon les termes de la licence Creative Commons "Paternité, pas d'utilisation commerciale, pas de modification" 2.5 Canada.

Bibliothèque Paul-Émile-Boulet, UQAC
555, boulevard de l'Université
Chicoutimi (Québec)  CANADA G7H 2B1
418 545-5011, poste 5630