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L'énigme du Je : lecture plurielle des textes et récits majeurs de Madeleine Gagnon

Côté Michèle. (2010). L'énigme du Je : lecture plurielle des textes et récits majeurs de Madeleine Gagnon. Thèse de doctorat, Université du Québec à Chicoutimi.

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Résumé

L'écriture de Madeleine Gagnon est une prise de parole dont l'objet est d'offrir au Je d'infinies possibilités de représentation. Sous les dehors de l'introspection et de l'exploration des matériaux friables que sont la mémoire et les fictions de rêves, ce Je se pose comme une instance dont le processus d'élaboration et de structuration se réalise sur le mode opératoire des permutations et translations des voix narratives et sur celui, plus difficile à repérer, mais non moins à l'oeuvre pour autant, des oscillations métaphoriques et métonymiques. Usant ou jouant de ces procédés en les alternant, en les conjuguant ou encore en les métissant, ce Je explore un univers étrange et familier, tout à la fois. Les mots - ceux de la parole d'écriture ? ont pour lui une double portée : ils lui permettent de raconter une histoire aux dehors fictifs, en ce qu'ils résultent d'un acte de création, et aux dessous autographiques, en ce qu'ils lui permettent d'advenir en tant que sujet de l'écriture. Cela fait de ce sujet une figure de l'écrit particulièrement énigmatique qui mérite et justifie qu'on tente d'en découvrir la nature, de la cerner pour en rendre compte dans un énoncé qui pourrait, en partie, la définir et, par conséquent, qui offrirait une voie d'accès privilégiée à la connaissance de la part intime de l'être, là où l'inconscient est repérable dans la trace de ses effets.

Qu'on ne s'y méprenne pas, cependant, la lecture particulière qui est proposée ici ne prétend pas à l'exhaustivité. Elle a plutôt pour objet de découvrir comment, de l'hermétisme apparent, peut émerger le sens, voire du sens lié à la part intime de l'être. Partant, il ne s'agit pas d'une argumentation stratégique, mais d'un parcours qui, en donnant prégnance au signifiant, permet de voir que le sens - non pas la signification qui en est l'arrêt - est tributaire des amalgames et des métissages des composantes narratives de Lueur, roman archéologique. Or ce roman, dont le titre est particulièrement trompeur, en ce qu'il ne fait pas référence au genre comme tel, mais plutôt à une fiction singulière qui s'élabore dans les entrelacs factuels et discursifs de la fiction, est vraisemblablement l'oeuvre porteuse de tous les textes qui lui ont succédé - peu importe leur facture. Le sujet de l'écriture y évolue en actualisant les sentes intemporelles de la mémoire individuelle et collective sur laquelle repose sa prise de parole. Dans les oeuvres subséquentes, notamment dans celles qui constituent le corpus à l'étude, des fragments de ce roman archéologique sont actualisés et, comme de petites lueurs, ils éclairent le contenu latent de ce premier récit qui les a vus apparaître dans l'écriture. Ainsi corrélés, ils s'éclairent même les uns les autres, au gré des métissages qu'ils autorisent dans l'acte de lecture-relecture.

Cette prise de parole donne lieu à des textes très difficiles dont, en apparence, la fiction allège ou embrouille la teneur, c'est selon. Ce phénomène est manifestement attribuable à la dynamique interne dont le fonctionnement est des plus complexes. Le recours aux éléments conceptuels de certaines théories littéraires - notamment celles de la poétique et de la sémiotique narrative - permet de faire ressortir une forme de mouvance signalant que l'écriture donne naissance à l'invisible, soit, mais pas moins vivant pour autant. De plus, comme la place que Madeleine Gagnon accorde à l'inconscient et à la psychanalyse est considérable, il faut tenir compte de certains des éléments théoriques de cette discipline : par exemple, les processus à l'oeuvre dans le rêve, soit ceux de la condensation et du déplacement, tels que définis par Freud et que Lacan a associés à la métaphore et à la métonymie ; le stade du miroir, tel que développé par Lacan ; les instances que sont l'autre et l'Autre et les rapports qu'entretient avec ces instances le sujet de l'écriture. Il ne faut toutefois pas s'attendre à ce que cela donne lieu à une interprétation psychanalytique des textes et récits du corpus. Ces éléments théoriques permettent plutôt de faire signifier le sujet de l'écriture dans sa cohérence textuelle.

Ainsi, la lecture proposée témoigne du fait que les procès signifiants de ce sujet sont variés et tous tributaires des constituantes fictives de son Je : les traits caractéristiques de chacune des narratrices, de même que leurs différents parcours narratifs ; les pronoms personnels ou indéfinis - qui sont beaucoup plus que de simples personnes grammaticales, en ce qu'ils favorisent les permutations et les translations des voix narratives - ou encore les personnes-personnages - qui se présentent sous les dehors de certains individus ayant réellement existé, pour ne nommer que ces quelques exemples. Tantôt indépendantes les unes des autres, tantôt réunies, ces constituantes favorisent une série d'identifications transférentielles qui soutiennent l'idée qu'un texte littéraire s'avère un lieu d'actualisation privilégié où un sujet peut advenir, s'élaborer, se structurer et tenter de se poser comme tel pour un autre sujet, en l'occurrence le sujet de la lecture.

Il semble qu'en participant à la production de sens, qu'en tentant de faire du sens, le lecteur soit également livré aux permutations et aux translations des voix narratives, ainsi qu'aux jeux d'identifications introjectives et projectives propres au transfert. Par conséquent, son Je se trouve partie prenante de celui du sujet de l'écriture : il actualise, grâce à la magie de la fiction, ses propres procès signifiants qui s'emmaillent dans ceux du sujet de l'écriture. Sont ainsi célébrées - commémorées - ce que les narratrices des différents textes et récits appellent les noces de papier d'un inséparable couple d'amoureux : écriture-lecture. Ce couple inédit - sous les dehors du même, il est et se signifie toujours autre - use d'un signifiant universel et androgyne, Je. Et, la lecture plurielle des textes et récits majeurs de Madeleine Gagnon propose des réponses à l'énigme qui entoure ce Je.

Type de document:Thèse ou mémoire de l'UQAC (Thèse de doctorat)
Date:2010
Lieu de publication:Chicoutimi
Programme d'étude:Doctorat en lettres
Nombre de pages:422
ISBN:9781412319980
Sujets:Arts et lettres > Étude des arts et des lettres > Études littéraires
Département, module, service et unité de recherche:Départements et modules > Département des arts et des lettres > Unité d'enseignement en lettres
Directeur(s), Co-directeur(s) et responsable(s):Belle-Isle, Francine
Mots-clés:Gagnon, Madeleine--Critique et interprétation
Déposé le:17 avr. 2014 14:08
Dernière modification:17 avr. 2014 18:08
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